Val-de-Marne : les habitants en lutte contre le projet d’incinérateur à Vitry-sur-Seine
- Union pop Choisy

- 6 juin
- 5 min de lecture
Après une longue bataille menée par les maires successifs de Vitry-sur-Seine pour obtenir le départ du dépôt pétrolier du quartier des Ardoines, les Vitriot·es et leurs voisin·es du Val-de-Marne se retrouvent aujourd’hui à nouveau mobilisé·es.
Le Conseil de Paris a en effet délibéré, en décembre 2025, en faveur de la construction d’une « chaufferie » dans le sud de la ville : une méga-usine destinée à produire du chauffage par l’incinération de matériaux qui ne peuvent être considérés comme ordures ménagères, comme le bois verni, les mousses, certains plastiques et d’autres déchets dits « complexes », c’est-à-dire des objets composés de plusieurs matières inséparables, souvent plastiques. Un cocktail de substances toxiques qui inquiète légitimement les habitant·es du Val-de-Marne, déjà confronté·es à la présence de trois autres incinérateurs dans le département.
L’heure est donc à la mobilisation. Ces substances chimiques, déjà bien connues : dioxines, PFAS et métaux lourds sont nocives pour l’air, l’eau et les sols. De nombreux cas de cancers, de maladies neurodégénératives et de malformations congénitales graves ont été observés chez des personnes travaillant ou vivant à proximité de l’incinérateur d’Ivry. Un grave danger sanitaire qui rend cette décision d’autant plus injuste pour les habitant·es du Val-de-Marne, déjà parmi les plus exposé·es de France à ces nuisances.
Alors que, trente ans plus tôt, un projet similaire sur ce même site avait été abandonné grâce à la mobilisation des habitant·es, la contestation reprend aujourd’hui de plus belle. Plusieurs mobilisations ont déjà eu lieu, notamment un rassemblement organisé le 31 mai sur le site concerné qui a rassemblé de nombreux·se Val-de-Marnais·es.
Le département du Val-de-Marne s’est également mobilisé en lançant une pétition ayant déjà recueilli plus de 8 000 signatures. Le président du conseil départemental a notamment déclaré « Le Val-de-Marne n’a pas vocation à devenir le territoire servant de la capitale, ni à accueillir systématiquement les infrastructures génératrices de nuisances que Paris refuse d’implanter sur son propre territoire. »
Pour beaucoup, cette affaire apparaît comme une nouvelle décision autoritaire de Paris imposée à sa banlieue, un projet qui bénéficierait avant tout aux Parisien·nes sans réelle consultation des populations concernées, avec en prime le consentement discret de la municipalité locale.
La position ambiguë du maire de Vitry-sur-Seine
Le projet, révélé en pleine campagne pour les élections municipales, avait causé un scandale sans toutefois empêcher la réélection de Pierre Bell-Loch (PCF).
Cette polémique l’a néanmoins contraint à reculer et à s’expliquer publiquement. Les révélations continuant d’éclater, les citoyen·nes apprennent désormais que le projet vitriot aurait été pensée deux fois plus grand que ses homologues de la Marne, brûlant jusqu’à 450 000 tonnes de déchets par an dans une zone densément peuplée.
À mesure que les citoyen·nes s’emparent du sujet, les positions des différents acteurs deviennent de plus en plus floues. L’attitude du maire de Vitry est notamment difficile à lire : après avoir soutenu le projet à ses débuts, il affiche désormais une forme d’opposition passive. Pourtant, durant la campagne municipale, ses tracts qualifiaient d’«accusations mensongères» les affirmations évoquant un projet d’incinérateur à Vitry, en parlant plutôt d’un projet de géothermie (énergie renouvelable consistant à exploiter la chaleur du sous-sol terrestre) bien loin donc de la réalité de l’incinération de bois vernis et de plastiques.
Un projet faussement écologique
Car la géothermie semble réservée à Paris, tandis qu’à Vitry, il est bien question d’un nouvel incinérateur, potentiellement encore plus polluant que les précédents. Un projet pourtant soutenu au Conseil de Paris par les élu·es du parti Les Écologistes, qui préfèrent parler de « chaufferie biomasse », fermant ainsi les yeux lorsqu’il s’agit d’imposer à la banlieue ce qu’ils et elles refuseraient pour leurs propres habitant·es.
On tente ainsi de présenter ce projet comme écologique, ce qui paraît contradictoire. Une véritable logique écologique consisterait plutôt à réduire la production de déchets à la source, plutôt qu’à dépendre de leur combustion pour chauffer les habitations. À la place d’un projet coûteux et nuisible, ces investissements pourraient servir à rénover et isoler les logements afin de lutter efficacement contre les passoires thermiques, un problème majeur en hiver comme en été.
Pour beaucoup, ce projet illustre un manque de bon sens préoccupant et va à l’encontre de l’intérêt général. Il apparaît davantage comme un nouveau cadeau fait aux industriels ; notamment pour l’association Acid Vitry, créée en réaction au projet, qui dénonce un double discours ainsi que des tentatives d’entrave de la part de la municipalité. Une altercation aurait notamment eu lieu lors du dernier conseil municipal entre Pierre Bell-Lloch et des membres de l’association.
Impact environnemental et sanitaire : ce que disent les études
Alors que la Ville de Paris, à l’initiative du projet, a refusé la réalisation d’une étude d’impact approfondie sur les conséquences sanitaires, les conséquences scientifiques et sanitaires de ce genre d’installation sont déjà largement documentées. Plusieurs études menées en France et en Europe ont établi des liens entre les émissions des incinérateurs et la présence de polluants persistants dans l’environnement proche des installations.
Dès 2003, Santé publique France alertait déjà sur les risques liés aux dioxines émises par les usines d’incinération d’ordures ménagères. L’organisme rappelait que ces substances chimiques, extrêmement stables, s’accumulent durablement dans l’environnement ainsi que dans la chaîne alimentaire.
Une autre étude nationale menée auprès de plus de 1 000 riverain·es d’incinérateurs a montré une imprégnation aux dioxines, plomb et cadmium, notamment via l’alimentation locale. Les chercheur·euses soulignaient déjà la contamination possible des œufs, des viandes, du lait et des produits agricoles cultivés autour des sites.
En 2009, une autre étude nationale évoquait également un lien entre l’exposition historique aux rejets atmosphériques des incinérateurs et l’augmentation de certains cancers chez les populations riveraines. Cette même étude reconnaissait l’existence d’une pollution particulaire et chimique ayant eu des effets toxiques documentés sur l’environnement et la santé humaine.
Concernant spécifiquement l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine, plusieurs enquêtes récentes ont ravivé les inquiétudes. En 2022, une étude de la fondation ToxicoWatch révélait des niveaux de dioxines qualifiés « d’exceptionnellement élevés » autour du site Ivry. Des œufs de poules élevés à proximité présentaient des concentrations dépassant largement les seuils européens autorisés, au point d’être considérés comme impropres à la consommation.
Les analyses menées par ToxicoWatch ont également montré une contamination importante des mousses, des feuilles d’arbres et des sols et jusqu'aux épines de pins dans un rayon de 4 kilomètres autour de l’installation, mettant en évidence la persistance des polluants dans l’environnement quotidien des habitant·es.
Plus récemment encore, en 2025, la présence de PFAS surnommés «polluants éternels» est notée dans les filtres d’aération de plusieurs écoles situées à proximité de l’incinérateur. Ces substances, particulièrement préoccupantes en raison de leur persistance dans l’environnement et dans le corps humain, sont aujourd’hui associées à des risques accrus de cancers, de troubles hormonaux, de problèmes de fertilité et de maladies cardiovasculaires.
À Choisy-le-Roi, le maire Tonino Panetta a évoqué lors du dernier Conseil municipal (14 avril) se positionner plutôt contre ce nouveau projet, une bonne nouvelle pour les habitants qui pourront, nous l’espérons, compter sur leur maire pour cette mobilisation.
A Vitry, lors du Conseil municipal du 20 mai, la majorité municipale a exprimé une opposition de principe au projet. Le maire et sa majorité se déclarent donc contre, tout en souhaitant organiser un débat public avec les habitants.
Une réunion d’information est prévue le 23 juin, et un atelier de travail le 26 juin à l'hôtel de Ville de Vitry.
Un projet de votation citoyenne est également évoqué afin de consulter les habitant·es, l’objectif du maire étant d’organiser des débats et des échanges dans un cadre apaisé, afin d’éviter des tensions et affrontements.
Notre groupe continue de suivre de près le projet et d’accompagner les habitant·es dans cette mobilisation.
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